Auteur : Xavier JOURNOUD - Directeur du Développement RH. Thyssenkrupp

Xavier JOURNOUD
Diplômé en droit et management, avec un parcours professionnel asso-ciant direction juridique et direction des ressources humaines dans les sec-teurs de l’assurance, des médias et de l’industrie, il est actuellement direc-teur du développement RH de la division Ascenseurs de Thyssenkrupp.
Jean-François WINNINGER
Architecte, DPLG de l’École nationale supérieure d’Architecture de Strasbourg, passé par l’École d’architecture de Lyon et titulaire d’un Master de Technische Universiteit Delft (NL), il a travaillé pour Fiszer 41 puis Massimiliano Fuksas avant d’intégrer les Ateliers Jean Nouvel en 2003, pour lesquels il est aujourd’hui directeur de projet.
Dans les zones urbaines à forte concentration, l’ambition de construire des immeubles de très grande hauteur se heurte à la raréfaction des espaces constructibles et à l’exiguïté des emprises au sol. La rentabilité de l’opération dépend en partie de la répartition entre zones de service (gaines pour les fluides, circulations verticales…) et espaces commercialisables : bureaux, habitation, hôtel, espaces partagés, etc.
La tour Soontareeya Residence à Bangkok

Du point de vue de la mobilité verticale, cette modularité est envisageable grâce à la solution du MULTI qui, étant libéré de la traction par câble, possède la capacité de s’adapter à la reconfiguration des espaces de circulation.
La suppression de la contrainte du câble donne ainsi la possibilité de faire circuler un plus grand nombre de cabines dans une même gaine, leurs déplacements étant coordonnés informatiquement selon des modalités développées pour la technologie TWIN (Cf. ci-après).
La réduction du nombre de gaines et de leur taille (6 m² pour le MULTI contre 9 m² pour des solutions classiques) permet de diminuer de moitié les espaces dédiés aux ascenseurs. Cette optimisation se retrouve également dans la réduction de 50 % du poids des cabines.
Libérée du câble, la gaine voit ses fonctions s’élargir : en interconnectant horizontalement deux ou plusieurs gaines, il est possible de créer un réseau supportant des déplacements verticaux mais également horizontaux. Le changement d’une direction à l’autre est assuré par la rotation d’une platine placée à l’intersection de la gaine horizontale et de la gaine verticale (voir photo page suivante).

La faisabilité économique de l’opération est supportée par l’installation d’ascenseurs qui permettent de réduire le nombre de gaines et donc les espaces alloués aux zones de service.
En termes de service rendu aux usagers, la technologie Twin permet aussi d’optimiser les deux étages d’accueil : un accueil « bas » au niveau de la chaussée et un accueil « haut » au niveau de la voie piétonne végétalisée. Chaque accueil sera doté d’un accès aux batteries d’ascenseurs Twin fonctionnant en duo dans chaque gaine et pilotées informatique-ment pour assurer une gestion combinée des flux de passagers dans les cabines.

Ce faisant, le MULTI n’a plus seulement vocation à équiper des bâtiments de grande hauteur, mais il s’adresse également à des ensembles architecturaux complexes comme les aéroports ou les gares, qui mobilisent plusieurs types de moyen de transport (ascenseurs, escaliers mécaniques, trottoirs roulants, etc.).
Un prototype du MULTI est d’ores et déjà installé dans la tour d’essai de ThyssenKrupp à Rottweil (Allemagne). La première mise en exploitation aura lieu dans la « East Side Tower », actuellement en cours de construction à Berlin à l’initiative d’OVG Real Estate et dont la livraison est prévue en 2020.
La Tour Hekla à La Défense

Des ascenseurs connectés
MAX est une solution de maintenance prédictive dans le domaine des ascenseurs reposant sur des algorithmes de machine learning. À partir de la collecte et de l’analyse des données d’exploitation des appareils, la technologie permet d’émettre des prévisions de défaillance et donc d’améliorer la maintenance préventive (qui est elle-même une amélioration de la maintenance périodique), de réduire la fréquence et la durée des pannes et d’optimiser le cycle de vie des ascenseurs.
Pour cela, Thyssenkrupp a conclu à la fin de l’année 2013 un partenariat avec Microsoft, dont la solution de cloud Azure abrite la puissance de calcul nécessaire à l’exploitation des données. Ce partenariat a été élargi à Vodafone pour les systèmes de transmission, Prodot pour le développement de solutions logicielles spécifiques, Cyient pour le traitement des données et Celestica pour la conception et la fabrication du matériel.
Deux années ont été nécessaires au développement de MAX qui fonctionne selon le principe de l’internet des objets (IoT) : des capteurs collectent les données d’utilisation des appareils et les transmettent vers le système de cloud Azure, où elles sont analysées afin de calculer le temps de vie restant des principaux composants de chaque ascenseur connecté. L’amélioration continue permet à l’algorithme d’identifier l’origine d’une anomalie ou d’une panne et de produire une prédiction techniquement étayée concernant l’état réel de l’élément concerné. Il devient possible de décider des actions préventives et de programmer à l’avance le remplacement d’une pièce avant qu’elle ne soit défectueuse.
Depuis le lancement de la solution fin 2015, Thyssenkrupp a connecté plus de 120 000 ascenseurs aux États-Unis, en Allemagne, en Espagne, en Corée du Sud et au Brésil. Les premières applications en France ont lieu en 2019. À terme, la solution sera disponible pour environ 80 % du parc mondial. ■

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