Retour aux actualités
Article suivant
Article précédent

SERVIR D’ABORD : LE ROTARY SE MOBILISE

Revue des Ingénieurs

-

13/08/2020

Auteur : Philippe SIMON (P 1972 ICiv)

Les actions ciblées des clubs Rotary durant la crise du Covid, de mars à juin 2020: une approche à la fois institutionnelle – en participant au programme de vaccin anti-Covid-19 de l’Institut Pasteur – et “empirique et ciblée” visant à apporter une réponse tangible à un besoin explicite et bien défini.

 

Article rédigé le 24 juin 2020


ORGANISATION ET MISSION DES ROTARY

Le Rotary Club fut fondé en 1905 à Evanston (ILL, USA) par Paul Harris et quelques-uns de ses camarades d’Université comme une organisation caritative à but philanthropique. Leur vision était de réunir des individus de bonne volonté, en priorité des professionnels en activité, pour collecter des fonds et concevoir des actions ciblées, de grande envergure et de long terme, prioritairement dans les domaines de la santé, de la paix civile, de l’éducation et du développement économique. La devise du club est de ce fait “Servir d’abord”. Les clubs Rotary ont essaimé dans le monde entier pour atteindre en 2019 environ 35 500 clubs regroupant 1 200 000 membres. Le premier Rotary en France fut fondé en 1921. Notre pays compte aujourd’hui 1 078 clubs pour environ    30 300 membres. Les priorités en France concernent la recherche médicale et les ONG de secours aux plus vulnérables (La Banque Alimentaire, par exemple); les actions à l’étranger relèvent naturellement de l’éducation des enfants, de l’accès à l’eau potable, de l’équipement agricole et de la santé publique. Dans ce dernier domaine, deux actions mondiales touchent quasiment au but: l’éradication de la poliomyélite, lancée en 1985, et le traitement du paludisme.

LE DISTRICT 1660

L’organisation des clubs Rotary est segmentée en “Districts”, correspondant à peu près à une portion de région ou à une métropole de province. Le district 1660 auquel s’intéresse le présent témoignage recouvre l’essentiel de la couronne Parisienne et de l’ouest de l’Île-de-France, il compte 73 clubs coordonnés par un “Gouverneur” (comme toutes les responsabilités dans ce type d’ONG, cette fonction repose sur le pur bénévolat). Les clubs trouvent leur financement dans les cotisations de leurs membres mais aussi dans des événements sportifs, fes- tifs ou culturels ponctuels permettant d’attirer le grand public et de lever des fonds : conférences professionnelles, ventes aux enchères de vins, concerts, représentations théâtrales, compétitions d’athlétisme, etc. 

LES ACTIONS NATIONALES DANS LE DOMAINE MÉDICAL

Historiquement les clubs Rotary en France entretiennent depuis longtemps un partenariat stratégique avec l’Institut Pasteur, ne serait-ce que pour soutenir les campagnes de vaccinations massives antipoliomyélitiques dans les pays du Tiers-Monde, ainsi que la généralisation des traitements antipaludéens dans les zones tropicales et équatoriales où sévit la malaria. Il était donc naturel que devant la pandémie de Covid-19 le Rotary se préoccupe de lever des fonds au profit de l’Institut Pasteur, sous condition que ces ressources soient explicitement affectées à la recherche d’un vaccin. Il est important de noter que cette recherche de secteur public dépend toujours de financements externes et de mécénat, et dans le cas présent elle a fait choix d’une molécule différente de celles poursuivies par les grands laboratoires privés autofinancés (Sanofi Pasteur, qui n’a plus de Pasteur que le nom puisque filiale intégrale de Sanofi, Gilead, etc.). L’objectif explicite du Rotary était de contribuer au moins 200 K€ au programme de vaccin anti-Covid-19 de l’Ins titut Pasteur et il sera atteint.

Mais se limiter à cette approche revient à “verser un seau d’eau dans une piscine” sans pouvoir tracer l’affectation précise des fonds, et encore moins mesurer leur impact concret (s’il existe) sur le résultat du programme. Par conséquent l’idée est rapidement venue à nombre de clubs du district 1660, d’imaginer des actions beaucoup plus modestes mais ciblées, dont le contenu serait une prestation ou un don tangible et dont les bénéficiaires directs, établissements et personnels de santé engagés dans la lutte contre la pandémie, seraient identifiés dès le début ou traçables en cours de prestation.

Le club de l’auteur consacra 1 500 à l’acquisition de 15 nuitées d’hébergement pour les soignants d’un EHPAD de Pouldreuzic (29), petit port touristique sur la baie d’Audierne, dont les personnels avaient choisi de s’auto-confiner avec leurs pensionnaires.

LES ACTIONS PAR CLUB

Les premiers bénéficiaires des actions ciblées devaient être les personnels de santé des services d’urgence et de réanimation des hôpitaux d’Île-de-France. Au vu des horaires de présence qui leur étaient imposés et du stress prolongé qu’ils subissaient, la première idée intuitive pour améliorer leur quotidien fut la fourniture de plateaux-repas de haut de gamme, acquis auprès de traiteurs référencés pour les conférences et séminaires des grandes entreprises. Cette initiative fut  adoptée  par plusieurs clubs dans les premières semaines du confi- nement. Dans un cas très particulier, plusieurs professionnelles membres d’un club de l’Ouest parisien mirent leurs talents de cuisinières à profit pour confectionner des pâtisseries maison qu’elles apportèrent deux fois par semaine à l’heure du déjeuner, au service de réanimation de La Pitié Salpêtrière…

Toutefois il apparut rapidement que de grandes entre- prises de l’agroalimentaire ou de la restauration s’étaient saisies du problème et répondaient beaucoup mieux au besoin, d’autant plus qu’elles maîtrisaient les procédures de désinfection et certification sanitaire des repas qu’elles livraient, en vu d’éliminer tout risque de contamination dans l’hôpital.

L’attention des clubs se porta donc rapidement sur l’équipement des personnels, et plusieurs collectes furent organisées pour financer l’achat de masques (chirurgicaux ou FFP2) par des hôpitaux ou des EHPAD (ces derniers étant à cette période d’avril particulièrement sous équipés et défavorisés). En pratique, les dons servirent prioritairement à acquérir des masques fabriqués empiriquement par des PME régionales capables de fabriquer des masques en tissu lavables et réutilisables, tant la pénurie de produits certifiés était alors grave.

La prochaine étape, abordée dès le début d’avril, consista à documenter les attentes prioritaires du terrain plutôt qu’à les deviner à la seule lumière du bon sens. Pour ce faire certains clubs se rapprochèrent de la Croix Rouge, elle-même partenaire permanent des établissements de soin et instruite de leurs besoins spécifiques. D’autres questionnèrent la fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France (HPHF), par ailleurs habilitée à collecter des dons éligibles à la défiscalisation. La fondation avait pour responsabilité d’identifier et de consolider les besoins pratiques des établissements et de lancer des programmes de financement pour les produits et prestations le plus souvent réclamés. Ses réponses à l’inter- rogation des Rotary furent très instructives :

  • Nombre de personnels hospitaliers ou d’EHPAD ne pou- vaient ou ne voulaient regagner leurs domiciles le soir, soit par crainte de contaminer leurs proches, soit en raison de la réduction drastique des moyens de trans- port en commun (trains, RER, autobus) lorsque leur trajet était significatif. La question de leur logement sur place ou à proximité de l’établissement se posait de façon aigüe
  • Dans les EHPAD en particulier, l’interdiction des visites des proches et le confinement des pensionnaires créaient de graves problèmes de communication vers l’extérieur, les résidents âgés n’étant pas tous détenteurs de smartphones individuels. S’y ajoutait l’impératif d’inventer de nouvelles approches pour distraire et rassurer des résidents naturellement angoissés, et continuer de les socialiser à l’intérieur de l’établissement.

À la lumière de ces attentes, plusieurs clubs financèrent des nuitées d’hôtel pour les personnels soignants ; les collectes engagées se situant typiquement entre 1 500 et 4 000 €, le club auquel j’appartiens consacra par exemple 1 500 € à l’acquisition de 15 nuitées d’héberge- ment pour les soignants d’un EHPAD de Pouldreuzic (29), petit port touristique sur la baie d’Audierne, dont les personnels avaient choisi de s’auto-confiner avec leurs pensionnaires. Le programme de logement complet, coordonné par la fondation HPHF, atteignait 10 K€.

Le second volet concerna la fourniture non pas de smart- phones mais de tablettes/PC ; la fondation HPHF avait en effet conclu un partenariat avec le groupe Boulanger (filiale de l’Association familiale Mulliez)) distributeur d’électronique grand public, pour la fourniture massive de ces tablettes, là encore au bénéfice des EHPAD. Le premier cas d’usage étant en fait la Direction de l’Animation des établissements, une masse critique de 5 à 10 tablettes permettant d’organiser des jeux en réseau pour les résidents ou de diffuser des films ou vidéos à la demande, comme le font les compagnies aériennes pour les vols long courrier (Il semble que les besoins de communication externe des résidents aient été satisfaits via la généralisation de l’application WhatsApp sur les smart- phones des personnels soignants). Ainsi un don de 1 000 € a-t-il pu financer 5 tablettes pour un EHPAD de Boulogne-Billancourt soit exactement le besoin exprimé auprès de la fondation HPHF.

Les exemples évoqués ci-dessus démontrent clairement que les initiatives des clubs Rotary pour aider à combattre la pandémie relevèrent de deux approches distinctes mais complémentaires:

  • Une approche “institutionnelle” visant à contribuer financièrement aux programmes de grandes institutions (Pasteur, Croix Rouge, APHP) avec lesquelles préexistaient souvent des partenariats, sans espoir à court terme de constater l’impact tangible de la contribution puisqu’il s’agissait de programmes de recherche ou du montage de futures structures de
  • Une approche “empirique et ciblée” visant à apporter une réponse tangible à un besoin explicite et bien défini (quitte à faire valider ce besoin et l’adéquation de la réponse par une autorité tierce, telle la fondation HPHF). Cette approche a permis de tracer en temps réel l’utilisation des dons et de collecter auprès des établissements bénéficiaires la preuve de la bonne fin du projet, ce qui s’avérait aussi gratifiant pour les donateurs que pour les récipiendaires.

Partenaires stratégiques de longue date, le Rotary en France va contribuer pour au moins 200 K€ au programme de vaccin anti-Covid-19 de l’Institut Pasteur.

Commentaires0

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire

Articles suggérés

AFRIQUE :
Revue des Ingénieurs

AFRIQUE :

photo de profil d'un membre

Intermines

18 décembre

AFRIQUE :
Revue des Ingénieurs

AFRIQUE :

photo de profil d'un membre

Intermines

18 décembre

L'urgence climatique
Revue des Ingénieurs

L'urgence climatique

photo de profil d'un membre

Intermines

14 novembre