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SCIENCES PARISTECH AU FÉMININ - LE CERVEAU A-T-IL UN SEXE? LES MÉTIERS ONT-ILS UN SEXE?

Revue des Ingénieurs

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01/12/2019

Auteur : Julia ALBERCA MONZON (P 2016 ICiv)

Sciences Paristech au Féminin a organisé un évènement le lundi 14 octobre, centré autour de deux conférences portant sur les stéréotypes liés au sexe en neurosciences et dans la vie professionnelle. Voici un bref résumé.


Les conférencières étaient Catherine Vidal, neurobiolo-giste, directrice de recherche honoraire à l’Institut Pasteur et membre du comité d’éthique de l’Inserm, co-responsable du groupe “Genre et recherches en santé”; et Fran­çoise Vouillot, psychologue de l’orientation, ex-maîtresse de conférences au CNAM et ancienne Présidente de la commission “Lutte contre les stéréotypes et rôles de sexe” du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes.

    

DES THÈSES D’UN AUTRE SIÈCLE

Encore aujourd’hui, une majorité de la population (54% des femmes et 57% des hommes) pense que les diffé­rences d’aptitudes et de comportement entre les hommes et les femmes s’expliquent par des raisons biologiques au niveau du cerveau et non par des facteurs culturels et sociaux.

Ces théories sont nées au XIXe siècle des premières études anatomiques sur l’encéphale, montrant des diffé­rences de masse et de volume entre ceux des hommes (1,350 kg) et des femmes (1,200 kg). Ces observations ont longtemps été utilisées pour justifier la prétendue infériorité intellectuelle des femmes face aux hommes. Depuis, ces thèses ont été largement démenties: la taille du cerveau n’est pas un facteur pertinent, les femmes et les hommes ont les mêmes capacités cognitives. Les techniques d’imagerie cérébrale ont permis de montrer que tous les êtres humains ont des cerveaux différents indépendamment de leur sexe. Cela s’explique par le fait que le cerveau se construit et évolue tout au long de la vie en fonction des apprentissages et des expériences: c’est la plasticité cérébrale. Il en résulte que les différences cérébrales entre les personnes d’un même sexe sont si importantes qu’elles l’emportent sur les différences entre les sexes. Les interactions avec l’environnement familial, social et culturel jouent un rôle majeur dans la fabrication des connexions entre les neurones et le développement de nos personnalités, de nos aptitudes cognitives et de nos comportements.

Si les filles et les garçons ne font pas les mêmes choix dans l’orientation scolaire et professionnelle, ce n’est pas à cause de leurs cerveaux !

UNE DIVISION SEXUÉE DU TRAVAIL

Néanmoins, force est de constater que des grandes dif­férences existent sur ces orientations. Actuellement seu­lement 17% des métiers sont mixtes: les hommes désertent les métiers de la santé et de l’éducation de la petite enfance, tandis que les femmes sont peu présentes dans les professions techniques et scientifiques. Cette division sexuée du travail est essentiellement générée par l’école. Par exemple, les femmes sont minoritaires dans les formations techniques et scientifiques (seulement 30% de femmes dans les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques et ce chiffre stagne depuis des années).

Cette situation est le résultat du système de genre (sys­tème de normes hiérarchisées de masculinité/féminité définissant le masculin et le féminin), c’est-à-dire des rôles de sexe. Le premier facteur expliquant les différences d’orientation est l’éducation familiale (les attentes parentales; les jouets sexués qui développent, à travers la plasticité cérébrale, des compétences différentes, etc.). À cela s’ajoute la socialisation scolaire où, entre autres, les interactions professeurs-élèves sont marquées par le genre: les enseignants ont tendance à valoriser le travail et le sérieux des filles face au manque d’effort et au talent des garçons.

LES CHOIX D’ORIENTATION

Les procédures d’orientation ne corrigent pas les proces­sus d’auto-sélection: ainsi à notes égales dans les matières scientifiques (pour des moyennes allant de 10 à 13), la probabilité d’accès à la 1re S est moindre pour les filles.

Par ailleurs, les choix d’orientation revêtent un enjeu identitaire important. Ils procèdent d’une bonne congruence entre l’image de soi et l’image des personnes-types dans les formations ou professions, l’une et l’autre sexuée. Si une personne est minoritaire dans son milieu profession­nel, elle peut craindre de confirmer par ses performances les stéréotypes négatifs de son groupe et à développer un sentiment d’imposture la rendant moins efficace. Le besoin de reconnaissance mutuelle nous assujettit au genre et étaye la différentiation sexuée des choix d’orientation qui servent de preuve d’une identité sexuée conforme.

En conclusion, les orientations professionnelles des hommes et des femmes ne sont nullement déterminées par l’inné mais se construisent au sein d’un système de normes sociales, de politiques éducatives et d’orientation qu’il est nécessaire de changer afin d’atteindre l’égalité.

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