Auteur : Didier PERRIN (P 1985 ICiv)
1890, La Bête Humaine, Zola. Au-delà d’un homme en proie à ses pulsions meurtrières, Jacques Lantier est bien ce mécanicien à la conduite de la locomotive Lison. Mais Jacques Lantier est aussi à subir le progrès qu’est le chemin de fer incarné par Lison.
Ce progrès va trop vite, le dépasse, est-il d’ail- leurs fait pour lui, et pour ceux de son époque ? Qui l’a réellement voulu ? Qui a pleinement conscience qu’il est partie prenante d’une révolution industrielle en cours ? Qui imagine ce que sera lendemain : l’exode rural, l’urbanisation, la conquête de l’Ouest sur le continent nord-américain ? Qui y discerne la bête et l’humain?
2020, nous voilà un peu plus entrés dans ce 21e siècle. En 1969, il y 50 ans, les premiers ordinateurs contribuaient à l’exceptionnel : marcher sur la Lune. Au rythme de la loi de Moore, qui dit que la puissance des puces double tous les 2 ans, l’étendue de cette autre révolution que sont les innovations digitales n’a cessé de progresser.
Aujourd’hui, le digital est partout, dans nos vies professionnelles comme personnelles, à nous servir, à nous faire plaisir, à nous permettre d’échanger… mais aussi à nous mémoriser, à nous faire peur, à se substituer à nous… Portable, applications pour tout faire, commande à la voix et à distance, démarches et achats en ligne, réseaux sociaux, automatisation, robotisation, maintenance, services…
C’est une certitude : le digital a profondément transformé nos vies, et ce mouvement va continuer à se poursuivre et à se répandre.
Et pourtant, en écho à Jacques Lantier et à Lison, la même question est posée : avons-nous la maîtrise de cette révolution ? Que dire des effets pervers des réseaux sociaux, où l’affront, l’irrationnel, et la désinformation prolifèrent ? Quelle perspective d’emploi la robotisation généralisée des activités économiques va-t-elle offrir à la population active ? Comment le développement, qui n’est plus désormais le privilège du monde occidental, va-t-il rester compatible avec la préservation des ressources de la planète ?
Qui va plus vite, et qui tient la clef : l’innovation libérée de son initiateur, ou l’homme qui la porte et qui l’accompagne ?
Et nous autres Mineurs dans cette révolution ? Une réponse exutoire consiste à dire que c’est une question posée à la personne et non pas une question posée au Mineur. Oui, certaine- ment. Cependant, de par l’histoire liée à l’Etat et à la nature scientifique de leurs formations, de par leurs responsabilités professionnelles, de par la diversité de leurs champs d’activités, les Mineurs sont-ils si étrangers à cette question ?
Il y a notamment la valeur commune de l’excellence technique qui repose sur l’expérience et les faits, constituant par là même humilité et solide point d’ancrage, face à un flot d’informations parfois confus et porté sur l’assertion, le sensationnel ou la rhétorique.
Il y a également la pratique de l’équipe et du management (de projet, fonctionnel, hiérarchique) qui implique le contact avec des équipes, et donc la prise en compte de la dimension humaine et de la réalité de terrain, face à un processus de décision parfois trop descendant et non concerté.
Et il y en a d’autres…
Et c’est là aussi l’une des vocations de la Revue : devant cette révolution en cours, et devant tous les changements portés par les technologies, ne pas se contenter, ne pas se soustraire, mais dire, témoigner, élargir et proposer, avec la rigueur, la dimension humaine, la perspective et l’enthousiasme de l’ingénieur.
Voilà donc nos résolutions pour 2020, et leur réalisation dépend large- ment de vous : prenez la parole dans la Revue!
Excellente année 2020 à chacun d’entre vous, et à vos proches, et plein succès dans vos projets au privé comme au professionnel. Et que la Revue soit avec vous !
DIDIER PERRIN (P 1985), Rédacteur en Chef
Commentaires0
Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire
Articles suggérés